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CE TRIANGLE OUBLIÉ - EXPOSITION À LA GALERIE OBLIQUE

Exposition collective de

Madeleine Froment, Claire Courdavault et Émilie Moutsis
 

Au cœur d’une époque désœuvrée, cette proposition triangulaire est l’occasion de se saisir du chemin parcouru afin de mettre en commun ce qui aura été gagné, compris, révélé.

Construite comme un parcours de l’intime vers l’extime, cette exposition présente des œuvres récentes de chacune des artistes ainsi qu’un travail commun sur l’identité.


 

 

Du 2 au 11 septembre 2016

Vernissage le vendredi 2 septembre à partir de 18h

Galerie Oblique
17, rue Saint Paul - 75004 Paris
T. 01 40 27 01 51

INTERVIEW DANS LE LITTÉRAIRE

Madeleine Froment sur les épaules de Darwin : entretien avec l’artiste

Made­leine Fro­ment fait du corps fémi­nin et pour le regar­deur un sujet de dépo­si­tion, de perte et de résur­rec­tion. Le secret vient une fois de plus affir­mer son auto­rité dans le lit des fées aux che­ve­lures impres­sion­nants. Pareilles au jeune Igi­tur de Mal­larmé des­cen­dant dans “ le caveau des siens ”, les voici s’introduisant dans la couche où leur “ moi pur ” veut se confondre avec celui d’un autre. Mais la ques­tion de l’être reste celle du mys­tère, du secret. 
A par­tir de là, le voyeur croit voir le jour. Mais les fan­tasmes espé­rés ne sont pas au rendez-vous. L’espace est obs­cur en sa clarté. Le voyeur est là où les ombres passent et dis­pa­raissent. Comme un ani­mal, il cherche une cachette au moment où les fées jouent davan­tage la carte du charme que le registre de la suggestion.

 Entretien :

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
La peur du vide.

Que sont deve­nus vos rêves d’enfant ?
Ils bour­geonnent.

A quoi avez-vous renoncé ?
À renoncer.

D’où venez-vous ?
De Paris, le dix-huitième arrondissement.

Qu’avez-vous reçu en dot ?
De la fra­gi­lité, une forme de mar­gi­na­lité, une culture pro­fonde et variée, et aussi les valeurs de solidarité.

Un petit plai­sir — quo­ti­dien ou non ?
Des­si­ner en écou­tant l’émission de radio “Sur les épaules de Darwin”.

Qu’est-ce qui vous dis­tingue des autres artistes ?
Je pré­fère réflé­chir à nos points com­mun plu­tôt qu’aux distinctions.

Quelle est la pre­mière image qui vous inter­pella ?
C’est dif­fi­cile avec les sou­ve­nirs, mais je me sou­viens, puisque nous n’habitions pas loin de la butte, de la fresque du Lapin agile, debout avec sa cas­quette sur la tête, sor­tant de sa cas­se­role en cuivre.

Et votre pre­mière lec­ture ?
Les Contes du chat per­ché et les Bottes de sept lieues.

Com­ment définiriez-vous votre approche de la nudité ?
Je col­lec­tionne les corps et leurs his­toires, comme une éten­due d’hypothèses et d’éventualités. Mon tra­vail est sans cesse en mou­ve­ment, et ne pro­pose pas de cris­tal­li­ser une théo­rie, il s’invente au fur et à mesure de ma pro­duc­tion. Les corps que je repré­sente sont sen­suels, fra­giles, érotiques, virils, mater­nels, fémi­nistes, et déploient toutes les ques­tions sur l’ordre social et poli­tique. Ils rendent compte de la puis­sance de la vie et viennent trou­bler les cer­ti­tudes et les injonctions.

Quelles musiques écoutez-vous ?
À peu près de tout, en ce moment plu­tôt des choses qui appar­tiennent au passé.

Quel est le livre que vous aimez relire ?
J’ai beau­coup de mal à relire un livre, même si je l’ai pro­fon­dé­ment aimé, je pré­fère en décou­vrir de nouveaux…

Quel film vous fait pleu­rer ?
Tous ceux qui touchent à l’enfance.

Quand vous vous regar­dez dans un miroir, qui voyez-vous ?
Une énigme à décrypter.

A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
Si j’ai vrai­ment envie, je finis par oser.

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
Paris et les rues de mon enfance.

Quels sont les artistes et écri­vains dont vous vous sen­tez le plus proche ?
Romain Gary, Nancy Hus­ton, Gus­tav Klimt, Doro­thé Smith, Joel-Peter Wit­kin, Jim Har­ri­son, Edouard S. Cur­tis, Nan Gol­din, Diane Arbus.

Qu’aimeriez-vous rece­voir pour votre anni­ver­saire ?
De l’attention.

Que défendez-vous ?
La cer­ti­tude qu’il y a bien mieux à construire que le monde que nous connaissons.

Que vous ins­pire la phrase de Lacan : “L’Amour c’est don­ner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas”?
Pour moi, aimer c’est faire de la place à quelqu’un, je n’ai envie de pen­ser l’amour — dans ma vie — que dans cette idée.

Que pensez-vous de celle de W. Allen : “La réponse est oui mais quelle était la ques­tion ?”
Le grand défi de ce monde est de com­mu­ni­quer avec les autres.

Pré­sen­ta­tion et entre­tien réa­li­sés par jean-paul gavard-perret pour lelitteraire.com, le 5 avril 2016.

Article de Jean-Paul Gavard-Perret

Jean-Paul Gavard-Perret pour lelittéraire.com

Madeleine Froment, Le blason

Edwarda aux mains d’or – Made­leine Froment

No coun­try for the men,  tel pour­rait être le titre d’un tel tra­vail où les femmes sont maî­tresses des lieux. Tou­te­fois, Made­leine Fro­ment n’est pas indif­fé­rente aux hommes. Les Mino­taure plus que ceux qui ont des pen­sées à méandres (mais ceci est une autre his­toire – ou presque). D’autant que les scènes se dédoublent plus qu’elles ne se montrent vrai­ment. Elles sont crues mais poé­tiques dans leur genre. Exit les exu­toires pla­te­ment libi­di­neux. L’artiste les « rétro­pulse » tant sa vision intel­li­gente reste froide même si le brû­lant du désir peut faire envi­sa­ger les pho­to­gra­phies et les des­sins comme de la visi­bi­lité cuta­née. Le corps jouxte sou­dain des abîmes de la fémi­nité. Et le voyeur ne peut dans cer­tains des­sins contem­pler que sa che­ve­lure. Certes, par­fois ceux-ci deviennent plus pré­cis et leur laine n’est pas celle des mou­tons.
Ser­ru­rière des Para­dis, Made­leine Fro­ment crée divers types d’affinités élec­tives. Les êtres sont beaux plus qu’érotiques. Seules ou en meutes, les égéries forment un par­terre de fleurs vaga­bondes et magné­tiques. L’artiste entre­tient les dons véné­neux mais salu­taires de ses modèles (ses sem­blables ? ses sœurs ?). De ce qu’on nomme amour, l’artiste fait le lieu du mythe plus que de l’interdit. L’écriture plas­tique dans sa sub­ti­lité en orga­nise les varia­tions et les dis­si­dences pour une odys­sée revi­vis­cente. Il existe des « foxy ladies » de divers genres, des bal­le­rines dont Made­leine Fro­ment mul­ti­plie les arabesques.

L’image d’une fémi­nité libre reste majeure et l’artiste la sublime en « furor » poé­tique. Elle prend des aspects hal­lu­ci­na­toires ou réa­listes. Preuve qu’Eros n’est pas traité par-dessus la jambe. Existent divers huis clos que même les frères Coen ne pour­raient mettre en scène. L’érotisme n’est plus un spec­tacle de cirque. L’artiste y expé­ri­mente un tra­vail for­mel à plu­sieurs niveaux. On est loin des des­sins ou pho­tos dites « de charme » — même si celui existe mais est d’un autre niveau.
L’artiste sug­gère sou­vent par l’aporie comme par l’évidence le caché. Le plus sou­vent, nul besoin de tout mon­trer : les esquisses suf­fisent à la volupté là où les femmes ne sont pas là sim­ple­ment pour être admi­rées. Elles deviennent le ferment de céré­mo­nies que les pho­to­graphes hommes sont inca­pables de ritua­li­ser. Mais, en Ariane, Made­leine Fro­ment dit à ses Thé­sée de ne pas s’inquiéter. Et dès qu’elle les sort de leur laby­rinthe, elle va défaire leurs liens.

jean-paul gavard-perret