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Article de Jean-Paul Gavard-Perret

Jean-Paul Gavard-Perret pour lelittéraire.com

Madeleine Froment, Le blason

Edwarda aux mains d’or – Made­leine Froment

No coun­try for the men,  tel pour­rait être le titre d’un tel tra­vail où les femmes sont maî­tresses des lieux. Tou­te­fois, Made­leine Fro­ment n’est pas indif­fé­rente aux hommes. Les Mino­taure plus que ceux qui ont des pen­sées à méandres (mais ceci est une autre his­toire – ou presque). D’autant que les scènes se dédoublent plus qu’elles ne se montrent vrai­ment. Elles sont crues mais poé­tiques dans leur genre. Exit les exu­toires pla­te­ment libi­di­neux. L’artiste les « rétro­pulse » tant sa vision intel­li­gente reste froide même si le brû­lant du désir peut faire envi­sa­ger les pho­to­gra­phies et les des­sins comme de la visi­bi­lité cuta­née. Le corps jouxte sou­dain des abîmes de la fémi­nité. Et le voyeur ne peut dans cer­tains des­sins contem­pler que sa che­ve­lure. Certes, par­fois ceux-ci deviennent plus pré­cis et leur laine n’est pas celle des mou­tons.
Ser­ru­rière des Para­dis, Made­leine Fro­ment crée divers types d’affinités élec­tives. Les êtres sont beaux plus qu’érotiques. Seules ou en meutes, les égéries forment un par­terre de fleurs vaga­bondes et magné­tiques. L’artiste entre­tient les dons véné­neux mais salu­taires de ses modèles (ses sem­blables ? ses sœurs ?). De ce qu’on nomme amour, l’artiste fait le lieu du mythe plus que de l’interdit. L’écriture plas­tique dans sa sub­ti­lité en orga­nise les varia­tions et les dis­si­dences pour une odys­sée revi­vis­cente. Il existe des « foxy ladies » de divers genres, des bal­le­rines dont Made­leine Fro­ment mul­ti­plie les arabesques.

L’image d’une fémi­nité libre reste majeure et l’artiste la sublime en « furor » poé­tique. Elle prend des aspects hal­lu­ci­na­toires ou réa­listes. Preuve qu’Eros n’est pas traité par-dessus la jambe. Existent divers huis clos que même les frères Coen ne pour­raient mettre en scène. L’érotisme n’est plus un spec­tacle de cirque. L’artiste y expé­ri­mente un tra­vail for­mel à plu­sieurs niveaux. On est loin des des­sins ou pho­tos dites « de charme » — même si celui existe mais est d’un autre niveau.
L’artiste sug­gère sou­vent par l’aporie comme par l’évidence le caché. Le plus sou­vent, nul besoin de tout mon­trer : les esquisses suf­fisent à la volupté là où les femmes ne sont pas là sim­ple­ment pour être admi­rées. Elles deviennent le ferment de céré­mo­nies que les pho­to­graphes hommes sont inca­pables de ritua­li­ser. Mais, en Ariane, Made­leine Fro­ment dit à ses Thé­sée de ne pas s’inquiéter. Et dès qu’elle les sort de leur laby­rinthe, elle va défaire leurs liens.

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